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Bâtir des systèmes phytosanitaires résilients en Afrique

Posted on mer, 18 Fév 2026, 13:48

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De gauche à droite: Mohamed Habib Ben Jamaa (NEPPO), Arop Deng (ancien coordonnateur du PPA au Secrétariat de la CIPV) et Saliou Niassy (CPI de l’UA) lors d’un atelier de formation du PPA en janvier 2025 à Nairobi (Kenya) © KEPHIS

Dans ce focus de février, nous nous intéressons au renforcement de la surveillance et de la prévention des organismes nuisibles grâce au Programme phytosanitaire pour l’Afrique (PPA) de la CIPV, en interrogeant Saliou Niassy, coordonnateur du Conseil phytosanitaire interafricain de l’Union africaine (CPI de l’UA), et Mohamed Habib Ben Jamaa, directeur général de la NEPPO.

L’agriculture contribue à hauteur de 15 à 30 pour cent du PIB de l’Afrique et emploie plus de 80 pour cent de la population. Et pourtant, le continent perd chaque année 30 à 60 pour cent de ses cultures en raison des organismes nuisibles et des maladies des végétaux, ce qui constitue une menace pour la sécurité alimentaire et le commerce. Quelle est l’ampleur du problème posé par les organismes nuisibles en Afrique?

M. H. Ben Jamaa: Le problème des organismes nuisibles en Afrique est considérable: il entraîne d’importantes pertes de cultures et des dommages économiques significatifs, et menace la sécurité alimentaire. Des espèces envahissantes telles que la chenille légionnaire d’automne,Xylella fastidiosa, le charançon rouge du palmier et les mouches des fruits dévastent les cultures vivrières et horticoles, ce qui entraîne des pertes de plusieurs centaines de millions d’USD et réduit les exportations. Malgré son vaste potentiel, l’agriculture africaine repose principalement sur les petits exploitants, l’agriculture de subsistance et le recours à des pratiques traditionnelles, ce qui la rend vulnérable aux aléas climatiques et limite sa productivité.

Qu’est-ce qui a motivé l’Union africaine à soutenir le PPA et à renforcer durablement son engagement en faveur de la santé des végétaux?

S. Niassy: Le PPA est le prolongement des efforts visant à renforcer les systèmes phytosanitaires de l’Afrique, ce qui fait du CPI de l’UA un acteur naturel. Notre rôle est d’orienter, de conseiller, de former et de représenter les États membres africains. Le PPA soutient directement cette mission en aidant les pays à mettre en place des systèmes efficaces de suivi et de surveillance des organismes nuisibles prioritaires qui s’attaquent aux marchandises stratégiques. Ces systèmes sont essentiels, car sans alerte précoce ni évaluation des risques, les pays ne peuvent pas apprécier correctement les risques ni atténuer les menaces. En conséquence, le PPA s’inscrit pleinement dans la stratégie phytosanitaire sur 15 ans du CPI de l’UA. Cette stratégie contribue à des cadres continentaux plus larges tels que le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA) et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

Pourquoi est-il important de renforcer les capacités phytosanitaires de l’Afrique, notamment en ce qui concerne la surveillance, la détection et le signalement des organismes nuisibles?

M. H. Ben Jamaa: La surveillance des organismes nuisibles est au cœur des mesures de lutte. Elle implique des inspections systématiques et régulières pour identifier les espèces d’organismes nuisibles, évaluer les niveaux de population (apparitions de foyers), estimer les dommages et prendre des mesures de lutte ciblées. De fait, la détection précoce agit comme un système d’alerte qui permet de prévenir les apparitions de foyers d’organismes nuisibles.

S. Niassy: Le système phytosanitaire de l’Afrique est vulnérable aux invasions fréquentes et dévastatrices d’organismes nuisibles, lesquels prospèrent en raison du climat favorable et de la végétation diversifiée du continent. Il est essentiel de renforcer les systèmes nationaux grâce à un suivi efficace, aux équipes techniques de surveillance des organismes nuisibles et à une meilleure compréhension et application des normes internationales pour les mesures phytosanitaires (NIMP) et des exigences sanitaires et phytosanitaires (SPS), à l’identification des organismes nuisibles, à l’analyse du risque phytosanitaire, à la veille stratégique et à d’autres activités phytosanitaires.

Les capacités sont limitées, avec notamment une pénurie d’entomologistes et de phytopathologistes. La formation, les laboratoires et les infrastructures de base telles que l’électricité et l’accès à Internet sont donc essentiels. Bien que certains pays africains ne soient pas exportateurs de produits agricoles et peuvent accorder la priorité à d’autres secteurs, comme l’exploitation minière, le fait de disposer de systèmes phytosanitaires solides profite à l’ensemble de la région.

En outre, la population de l’Afrique devrait atteindre deux milliards d’individus d’ici 2050. Investir dans un système phytosanitaire robuste favorise non seulement la sécurité alimentaire et les moyens d’existence, mais garantit également des exportations de haute qualité et sûres vers le reste du monde, conformément aux normes phytosanitaires.

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Une fonctionnaire phytosanitaire en Égypte étiquette un piège à insectes. © FAO Égypte

Comment le CPI de l’UA et la NEPPO appuient-ils la mise en œuvre du PPA?

S. Niassy et M. H. Ben Jamaa: Le CPI de l’UA et la NEPPO jouent un rôle clé pour aider les pays à tirer pleinement parti du PPA. En tant qu’organisations régionales de la protection des végétaux de l’Afrique, nous coordonnons et assurons la participation effective des organisations nationales de la protection des végétaux (ONPV) et soutenons la formation.

Nous avons appuyé la sélection et l’intégration des pays participants. Les consultations régionales ont conduit au déploiement du PPA dans 20 pays à ce jour. Nous guidons le processus et apportons un appui lorsque cela est nécessaire, malgré nos ressources limitées. Nous avons fait nôtre le PPA, en particulier après son approbation par la Commissaire de l’Union africaine. Toutefois, nous avons besoin de ressources supplémentaires pour assurer une mise en œuvre efficace, d’autant que les pays ont identifié plus de 40 organismes nuisibles prioritaires.

Des signes de réussite ont-ils déjà été enregistrés?

M. H. Ben Jamaa: Le succès du PPA est perceptible à travers cinq indicateurs clés: le lancement et les ateliers de formation des formateurs pour les phases un et deux en 2023 et 2025; un solide soutien financier de la part de multiples donateurs; la formation des inspecteurs phytosanitaires sur les cinq principaux organismes nuisibles qui concernent l’Afrique; et la mise à disposition d’outils numériques pratiques et efficaces qui permettent de renforcer la surveillance des organismes nuisibles dans les pays participants.

Le PPA vise à aider tous les pays africains à renforcer leur capacité à surveiller et à prévenir la dissémination des organismes nuisibles au moyen d’outils numériques. Comment peut-on y parvenir durablement?

M. H. Ben Jamaa: Les pays africains qui disposent de capacités financières et techniques plus importantes devraient prendre l’initiative de mettre pleinement en œuvre le programme au niveau national, ce qui permettrait de démontrer son intérêt et d’établir une référence pour les autres pays. Les pays déjà engagés dans le programme devraient fournir aux formateurs les moyens techniques minimaux dont ils ont besoin. Dans le même temps, le Secrétariat de la Convention internationale pour la protection des végétaux (CIPV) devrait fournir un appui ciblé aux pays les moins développés de manière à assurer une mise en œuvre efficace, à renforcer l’alignement régional et à accélérer l’impact global du programme.

S. Niassy: Le PPA est bien placé pour atteindre ses objectifs, mais pour en maximiser l’impact, nous devons investir dans la collecte et l’utilisation des données, notamment par le biais des activités de surveillance des organismes nuisibles, désormais renforcées grâce au PPA. Ces données contribueront à l’élaboration de cartes d’information et de risques, ce qui offrira aux pays africains une meilleure compréhension collective des menaces actuelles et émergentes et renforcera l’efficacité de la gestion des organismes nuisibles.

Deuxièmement, l’implication du secteur privé est essentielle pour élargir l’accès aux technologies innovantes, aux outils intelligents de gestion des organismes nuisibles, aux fournitures de terrain essentielles et à une plus grande pénétration du marché africain. Les partenariats public-privé ou les forums réunissant innovateurs, régulateurs, agriculteurs, donateurs, importateurs, exportateurs et décideurs politiques jouent un rôle essentiel.

Enfin, la pérennisation du PPA nécessitera également un plaidoyer renforcé et une adhésion accrue de la part des États membres, notamment des contributions financières et en nature comme des experts, des laboratoires et des centres de formation.

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Un fonctionnaire phytosanitaire inspecte des agrumes afin de détecter le faux carpocapse, en utilisant les outils du PPA pour enregistrer les données collectées sur le terrain. © FAO/Kevin Mazorodze

Quels conseils donneriez-vous aux pays pour assurer une mise en œuvre efficace et obtenir des résultats positifs sur les plans phytosanitaire et commercial?

M. H. Ben Jamaa et S. Niassy: En pratique, tous les pays africains font partie du PPA et je les encourage à utiliser activement les guides et protocoles de prospection sur les organismes nuisibles élaborés dans le cadre du programme afin de renforcer leurs capacités. Les pays participants ne doivent pas se concentrer uniquement sur leurs propres systèmes phytosanitaires, mais également servir de modèles pour les pays voisins, car les organismes nuisibles ne connaissent pas les frontières. Lors des réunions, sur les réseaux sociaux et sur d’autres plateformes, nous relevons de nombreuses communications enthousiastes de la part des pays participants. Cela traduit une appropriation au niveau national. Les pays devraient également contribuer au Fonds fiduciaire multidonateurs du PPA mis en place par le Secrétariat de la CIPV.

Le partage des connaissances est également essentiel, et nous encourageons tous les pays africains à participer à la réunion parallèle du PPA lors de la vingtième session de la Commission des mesures phytosanitaires (CMP-20) en mars de cette année. Ce sera une bonne occasion pour les pays d’échanger des informations sur les enseignements tirés, les réussites et les défis, ainsi que sur les perspectives d’avenir du PPA en Afrique et en tant que programme phytosanitaire mondial.

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